Alexandre, capitaine de La Granvillaise, apparaît d’abord comme un homme profondément enraciné dans son territoire. Originaire de Granville, il incarne une relation presque instinctive à la mer. Chez lui, rien n’est vraiment calculé : devenir marin, puis capitaine d’une bisquine, relève de l’évidence. Très tôt, il est happé par cet univers, « avant de savoir faire du vélo je savais faire de l’optimist ». Cette phrase résume à elle seule son rapport à la mer : précoce, naturel, indissociable de son identité.

Capitaine de la Granvillaise
Rencontre...

Un chemin unique
Son parcours n’a rien de linéaire. Il le raconte avec humour : il a « brillamment raté ses études ». Mais ce détour n’est pas un échec, plutôt un déclencheur. Après un CAP de cuisine, il comprend que ce n’est « pas sa voie » et se tourne vers la voile. De moniteur à marin professionnel, il construit peu à peu son chemin dans un milieu encore jeune, où « la voile professionnelle, c’est un métier qui est très récent ». Alexandre fait partie de ceux qui ont appris sur le terrain, en saisissant les opportunités, en rencontrant les bonnes personnes, et surtout en s’accrochant.

Sensible au patrimoine
Ce qui marque chez lui, c’est son regard lucide sur le patrimoine qu’il défend. Il ne l’idéalise pas. Au contraire, il insiste : « une fois que le bateau est construit, c’est le plus facile qui a été fait ». Le véritable défi, c’est « de faire durer le patrimoine ». Derrière ces mots, il y a une réalité exigeante : démonter, poncer, repeindre, remonter, année après année. Alexandre est un homme engagé, conscient que faire vivre La Granvillaise, ce n’est pas seulement naviguer, c’est lutter contre le temps.
Cette mission repose d’ailleurs sur un effort collectif essentiel : celui de l’association qui fait vivre le bateau au quotidien. « Là on est 230 au dernier comptage », précise-t-il. Derrière ce chiffre, il y a une multitude de profils, pas seulement des marins. Certains naviguent, d’autres viennent « uniquement pour participer à l’entretien », mais tous contribuent à leur manière à la survie du navire. Alexandre insiste sur ce point : faire vivre une bisquine aujourd’hui est « bien compliqué d’année en année », et sans cet engagement bénévole, rien ne serait possible. Cette communauté forme un véritable écosystème autour du bateau, où chacun trouve sa place, que ce soit sur le pont ou à terre.
En mer, il se révèle capitaine autant que pédagogue. Naviguer sur une bisquine demande rigueur et collectif : « faut tout faire ensemble ». Ici, pas de facilité technique comme sur les voiliers modernes. Il faut comprendre, anticiper, se coordonner. Alexandre insiste sur l’importance d’expliquer, de transmettre, de mettre chacun à sa place. Il aime voir les novices progresser, se transformer : « l’espace d’une journée les gens ils se prennent pour des marins ». Sa satisfaction ne vient pas seulement de la navigation, mais de cette transmission vivante.
S’il a connu l’intensité des régates, « le palpitant qui remonte un petit peu » quand les manœuvres s’enchaînent au centimètre près. Il privilégie aujourd’hui une autre forme d’exigence : « naviguer proprement ». Pour lui, la beauté réside dans le geste juste, dans une manœuvre bien exécutée, dans l’harmonie de l’équipage. La vitesse passe au second plan.
Qui est-il ?
Sa personnalité est empreinte de simplicité et de sincérité. Quand on lui demande ce qui le motive, il répond en riant : « je ne sais pas ! ». Mais derrière cette apparente légèreté se cache une passion profonde, presque instinctive. Alexandre n’est pas dans les grands discours, même s’il laisse échapper une conviction forte : « il ne faut jamais rougir de son passé … mais il faut aussi vivre les yeux plantés dans l’avenir ». Cette phrase résume sa vision : préserver sans figer, transmettre sans nostalgie.
Enfin, Alexandre est un passeur d’émotions. Ce qui le touche, ce sont ces moments suspendus où les gens découvrent, partagent, ressentent : une régate intense, un anniversaire en mer, ou simplement des visiteurs qui descendent du bateau en disant « on n’a pas vu passer le temps ». Et c’est le meilleur des compliments qu’ils puissent faire. Pour lui, La Granvillaise est avant tout « une machine à faire du plaisir ».
Portrait réalisé par Marin GUILLOU, ambassadeur de Granville Terre et Mer






































